Madame la Ministre des Affaires Sociales et de la Microfinance,
Madame la Présidente de l’Institut National de la Femme,
Monsieur le Préfet du Département du Littoral,
Mesdames et Messieurs les membres du Corps diplomatique et des Organisations Internationales,
Distingués invités,
Chères sœurs, chers frères,
C’est un privilège de me tenir ici, à l’ombre de cette Amazone majestueuse. Elle nous rappelle que la force et le leadership ne sont pas des attributs masculins, mais des valeurs que les femmes béninoises portent fièrement depuis des siècles.
Et pourtant, à quelques pas de ce monument, la réalité est plus amère. Pour des millions de femmes et de filles, les droits existent sur le papier, mais s’arrêtent à la porte de leurs foyers ou de leurs lieux de travail. Le dossier est ouvert : la justice mondiale est en procès.
À l’heure où je vous parle, les femmes ne détiennent encore que 64 % des droits juridiques dont jouissent les hommes. Mais au-delà des lois, ce sont les mentalités qui font barrage. Car même lorsque la loi change, le poids des traditions et des stéréotypes continue de murmurer aux femmes : « reste à ta place ».
Dans trop de pays, la justice est un labyrinthe infranchissable. Manque de moyens, peur du jugement, ou pire, une parole qui est systématiquement mise en doute. Cela doit cesser. La justice ne doit plus être aveugle aux réalités des femmes : elle doit devenir leur bouclier.
Messieurs, chers frères et fils,
Je m'adresse à vous avec franchise : l'égalité n'est pas une soustraction, c'est une multiplication. Le féminisme n'est pas une menace, c'est une libération. C’est la conviction simple que chaque être humain doit avoir les mêmes opportunités.
Être féministe, c’est croire que vos filles méritent de rêver aussi grand que vos fils. C’est comprendre que les hommes gagnent aussi lorsque les femmes sont libres de contribuer. Nous avons besoin de vous comme alliés. Changer votre regard, c’est briser le cycle de l'inégalité et construire un Bénin plus fort.
Changer les lois est essentiel. Mais changer les mentalités est tout aussi indispensable.
Chères femmes et filles,
Ne reculez jamais. Votre voix n’est pas un bruit de fond, c’est le moteur du changement. Que ce soit dans l'agriculture, les technologies ou face au défi climatique : vous êtes la solution.
Investir en VOUS est l'acte économique le plus intelligent qu'une nation puisse poser. Chaque dollar investi dans la santé maternelle génère un bénéfice huit fois supérieur. Réduire les disparités de genre peut faire bondir le revenu national de près de 20 %. Mais au-delà des chiffres, c’est une question de justice et de dignité humaine.
Madame la Ministre,
Le Système des Nations Unies et l’ensemble des Partenaires saluent les réformes historiques portées par le Gouvernement et l’Institut National de la Femme.
Cependant, les lois ne rendent pas justice toutes seules. Elles doivent être financées, appliquées et défendues. Quand une femme doit choisir entre nourrir ses enfants et payer un avocat pour défendre sa dignité, c’est notre système tout entier qui échoue.
C’est pourquoi nous resterons à vos côtés pour agir sur trois piliers :
- Le financement massif des mouvements de femmes.
- L’accès réel à la justice, avec une tolérance zéro pour les violences de genre.
- Le partage du pouvoir, pour que les femmes soient à la table où se prennent les décisions, du climat à l'économie.
Nous ne sommes pas ici pour célébrer un symbole, mais pour exiger une réalité. Une réalité où chaque Béninoise pourra dire, avec la tête haute de l'Amazone : « Mes droits sont respectés. Ma voix est entendue. Et la justice m’est enfin accessible. »
Le documentaire « 10 ans pour elles » nous rappelle que chaque progrès pour les droits des femmes est le fruit du courage de celles qui ont refusé le silence et de celles et ceux qui ont décidé de transformer la société. Car la véritable justice commence lorsque les mentalités changent.
Quand les femmes avancent, la justice avance. Et quand la justice avance, c’est toute la nation qui progresse.
Vive les femmes du Bénin !
Vive l’égalité !
Je vous remercie.