Une journée de solidarité et d’espoir pour les réfugiés et les déplacés internes à Banikoara
« Nous ne vivons plus comme avant, mais aujourd’hui, nous avons l’impression d’être vus et entendus. »
Ces mots de Tankouano Lalba, réfugiée burkinabé de 21 ans, résument l’émotion palpable lors de la cérémonie de remise officielle d’assistance d’urgence à Banikoara, dans le département de l’Alibori, à la frontière nord du Bénin, à 700 km de Cotonou, la capitale économique ce mardi 17 décembre 2024.
Sous un ciel d’un bleu limpide, ce jour a marqué bien plus qu’une simple distribution d’aide conjointe Nations Unies – Gouvernement du Bénin. Il a incarné un moment de solidarité, un souffle d’humanité pour des milliers de vies qui ont été bouleversées par l’insécurité qui sévit dans les pays voisins et aux frontières avec le Bénin.
Un engagement commun pour une réponse urgente
Organisée par les Nations Unies en collaboration avec les autorités béninoises, la cérémonie a permis de remettre une aide d’un montant global de 1 963 000 USD. Cette aide comprenait des kits scolaires et ménagers (UNICEF), des médicaments (OMS), des semences agricoles (FAO), des kits de dignité pour les femmes et filles (UNFPA), des outils de transferts monétaires (PAM) et des équipements pour le traitement de données (OIM).
Dans son discours, Aminatou Sar, Coordonnatrice Résidente des Nations Unies au Bénin, a exprimé l’importance de cette mobilisation collective :
« Nous sommes ici pour témoigner de notre solidarité et réaffirmer notre engagement à vos côtés. Ce moment est une étape, mais il symbolise une promesse : celle de ne pas vous abandonner dans cette période difficile. »
Le Directeur de Cabinet Adjoint du Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, représentant le Gouvernement, a salué ce partenariat vital : « Le Bénin ne peut ignorer la souffrance de ses frères et sœurs déplacés et réfugiés. Ensemble, nous avons le devoir d’alléger leurs peines et de bâtir un avenir plus sûr. »
Légende: Photo de famille réunissant des déplacés internes, des réfugiés, ainsi que des membres de la délégation des Nations Unies, du gouvernement béninois et des autorités locales
Pour Norbert Sonkore, un agriculteur de 29 ans déplacé interne de Soroko, un arrondissement de Banikoara, la journée a ravivé un espoir longtemps éteint. Menacé par des groupes armés dans sa région le long de la rivière Mékrou, formant une partie de la frontière avec le Niger, il a tout laissé derrière lui : sa terre, ses récoltes et ses habitudes.
« J’ai abandonné mes 15 hectares de coton pour venir ici avec ma famille. Aujourd’hui, je cultive à peine 9 hectares. La peur est toujours là, mais cette aide me redonne l’envie d’aller de l’avant. »
Légende: Norbert Sonkore (debout), un agriculteur déplacé interne, partage son témoignage avec la délégation conjointe des Nations Unies et du gouvernement du Bénin.
Tankouano Lalba, réfugiée burkinabé, partage une douleur similaire, mais aussi une gratitude profonde :« Fuir ma maison a été la décision la plus difficile de ma vie. Ici, nous sommes accueillis avec chaleur par les habitants et soutenus par l’aide humanitaire. Tant que la paix ne reviendra pas chez nous, je sais que nous ne sommes pas seuls. »
Des chiffres qui parlent et des besoins persistants
Cette opération ciblait 22 857 bénéficiaires, répartis entre réfugiés (15 634), déplacés internes (5 223) et membres des communautés hôtes (2 000). Les distributions visaient à répondre aux besoins urgents tout en posant les bases pour des solutions durables :
Éducation : distribution de 1262 kits scolaires, 4 tentes scolaires, 8 kits récréatifs et des kits de développement de la petite enfance;
Santé et nutrition : Fourniture de services de santé primaire et des soins de santé spécialisés à plusieurs bénéficiaires extrêmement vulnérables. L’assistance est fournie par le biais des guichets uniques de protection et des centres de santé communautaires. Des séances psycho-éducatives sur la gestion du stress ont bénéficié à plusieurs déplacés.
Transfert d'espèces : une aide en espèces de XOF à plusieurs déplacés à Banikoara. Des subventions ont également été accordées aux organisations communautaires pour faciliter la réintégration économique des populations déplacées.
Sécurité alimentaire : soutien aux initiatives agricoles communautaires (distribution des semences, et d’autres activités génératrices de revenus ciblant plus de 8860 bénéficiaires répartis dans 1772 ménages ;
Eau, hygiène et assainissement : Des kits d’hygiène et d’autres fournitures WASH, la construction et la réhabilitation de points d’eau et d’installations sanitaires ainsi que des campagnes d’hygiène sont fournis aux bénéficiaires.
Un dialogue pour des solutions durables
Après la remise de l’aide d’urgence, une rencontre restreinte a réuni les équipes des Nations Unies, les autorités locales et les représentant(e)s des bénéficiaires. L'objectif : écouter leurs préoccupations et identifier des solutions adaptées.
Les bénéficiaires ont évoqué l’accès limité à l’eau potable, des logements précaires et une incertitude persistante. Tout en exprimant leur gratitude, ils ont insisté sur la nécessité d’un soutien durable pour reconstruire leur quotidien.
Légende: Vue partielle de réfugiés et de personnes déplacées internes
Une mobilisation coordonnée pour un avenir résilient
" Cette aide est essentielle, mais elle doit marquer le début d’une réponse plus large », a affirmé Aminatou Sar. Ce que nous faisons aujourd’hui est important, mais ce n’est qu’un début, » « Ensemble, nous devons continuer à mobiliser des ressources et à travailler pour des solutions durables. Vous n’êtes pas seuls. Les Nations Unies avec le Gouvernement du Bénin et l’ensemble des partenaires restent à vos côtés. »
L’engagement des Nations Unies va au-delà de l’urgence : il s’inscrit dans une vision holistique visant à bâtir des communautés résilientes et autonomes.
Le Bureau de la Coordonnatrice Résidente a joué un rôle central dans cette mobilisation, assurant la synthèse des besoins, la planification des interventions et la coordination des partenaires pour une réponse efficace. Cet engagement dépasse l’urgence : il vise à renforcer la résilience des communautés à travers des solutions durables.
Pour Tankouano Lalba, cette journée symbolise un espoir concret : « Aujourd’hui, j’ai l’impression que ma voix compte. » Banikoara incarne ainsi la puissance de la solidarité et l’engagement collectif pour que personne ne soit laissé pour compte.
Légende: Tankouano Lalba, une jeune mère de 21 ans originaire du Burkina Faso, aujourd'hui réfugiée.